Cherche tour opérateur pour fabriquer des voyages en réalité virtuelle

Souvenirs de voyages

Cherche tour opérateur pour fabriquer des voyages en réalité virtuelle

Depuis quelques années, le décollage de la réalité virtuelle est annoncé. Outre la technologie qui n’est pas encore prête, les contenus sont laborieux. Les concepteurs de contenus oublient que l’imagination est la meilleure compagnie de transport du monde. Du coup, ils se contentent de nous impressionner avec leur technologie en nous faisant marcher sur la Lune ou sur le toit d’un building. Une fois qu’on a testé l’affaire, on est vite déçu, car cela a atroce goût de répétition.

Pour sortir de cette préhistoire virtuelle, il est urgent de travailler sur la création de scénarios.

Dans le domaine du tourisme, les tours opérateurs doivent s’emparer au plus vite cette technologie pour proposer des aventures inoubliables comme décrites dans l’histoire « Souvenirs de voyages ».

Souvenirs de voyages

Iliom est doté d’une beauté élégante et sensible qui semble garantir un bonheur éternel. Maruska est tombée sous le charme. Le coup de foudre fut réciproque. La jeune femme a un sourire à couper le souffle qui n’autorise aucune résistance.

Même si nos tourtereaux semblent sortis d’un conte de fées, leurs échanges penchent plus vers le monotone que le féérique. Ils sont en train de retricoter laborieusement les souvenirs de leurs 21 voyages.

— Je me souviens très bien du premier. J’avais choisi Venise pour ses gondoles, dit Maruska.

— Oui, oui… Je me souviens, ajoute Iliom. J’étais furieux. J’avais choisi l’Islande et voilà que je me retrouve dans un décor de carton pâte. Tu m’as tout de suite intrigué. Tu clignais en permanence des yeux. Je croyais que tu avais un tic.

— Je n’arrivais pas à coincer mes lunettes de soleil. C’était mon premier voyage.

L’Australie, la Corée, la Belgique… Le couple fait défiler les destinations et exerce son esprit critique.

— Le pire, c’était tout de même le voyage au Brésil.

— Ah, oui, ils ne se sont pas foulés. Ils nous ont obligés à regarder un documentaire sur le pays pendant au moins deux heures.

— C’était un voyage Tongue Tour. Il y a trop de plaintes. Ils ont du fermer.

— Dans la série du pire, il y a aussi le voyage de Rizière Tour aussi.

— Rizière Tour ?

— Le voyage au Vietnam. On changeait de lieu toutes les 5 minutes. On allait de Saigon à Hanoi, puis à Sapa…

—Très juste. A force d’aller au Nord puis au Sud, on avait la tête qui tournait.

— C’était du grand n’importe quoi. On a visité 14 villes en moins de huit heures.

— C’était tout de même plus vivant que le voyage en haut du Mont-Blanc. Des plombes coincés à regarder des montagnes et du ciel

— Moi, j’ai adoré, dit Maruska. On avait le temps de penser et de se parler. C’est vraiment là où j’ai commencé à me dire que je ne pourrais jamais voyager avec une autre personne que toi

Un vent d’émotion passe. Sourires énamourés, petits bisous… Et on passe aux souvenirs de la catégorie grands frissons.

— J’ai mis des semaines à me remettre du voyage 11 septembre.

— Normal, tu avais voulu être dans les tours jumelles. Moi, j’avais choisi de revivre l’événement en tant que pompier.

— C’est sûr. Comme tous les garçons, tu voulais être un héros. Heureusement, nous en sommes bien sortis. C’est parce que nous nous entraidions.

— Tu rigoles. C’est surtout parce que c’est prévu dans le programme. Tu crois que c’est commercial d’organiser des voyages où tes clients meurent. Ils sont futés les tours opérateurs.

Rires pour se moquer ensemble de ces organisateurs de voyages virtuels qui peuvent proposer le pire comme le plus étonnant.

— J’ai aussi un bon souvenir du monovoice, dit Maruska. Une couleur, une note de musique, une odeur… La douceur absolue. J’ai compris que dans notre société de la profusion, nous étions victimes d’une confusion des sens.

Le couple s’égare un temps dans des considérations intellectuelles avant de revenir à leur réalité virtuelle du moment.

— Et que penses-tu de RIN ?

— RiN ? s’étonne Iliom.

— Royale Intime Nature… C’est le voyage que nous vivons en ce moment. Ils ne nous ont pas trompés sur la marchandise. Ce château est vraiment royal. Nous sommes tous les deux et nous pouvons exposer nos vraies natures.

— J’aime beaucoup, se contente de dire Iliom en secouant la tête.

Maruska n’insiste pas. Elle a bien compris que son compagnon a tiqué quand elle a parlé de vraie nature. Tous deux profitent du silence pendant quelques minutes. Puis, la jeune femme reprend la parole en disant :

— Quel sera notre prochain voyage ? Le coach en voyages virtuels nous propose un RAR. Rencontre amoureuse en réalité. Il dit qu’après 21 voyages, on peut faire le grand saut dans la réalité.

— Il faut voir, se contente de dire Iliom.

Un silence s’installe. On sent de l’émotion dans les pixels.

— Tu ne pourras pas m’aimer. Je suis…

Maruska hésite à lui dire que dans l’autre vie, elle ne se considère pas. Elle se trouve trop grande, trop petite, trop grosse, trop maigre… Bref, trop moche et nulle pour être aimée.

— C’est ton esprit que j’aime, ajoute Iliom. Tu sais, je suis…

Comme Maruska, il se tait pour ne pas lui dire que, dans cette foutue vraie vie, il est marié et que, vivant sous la férule d’une mégère, il n’a aucun droit au rêve.

Après avoir évacué leurs cruelles réalités, ils décident de partir sur Mars. Le voyage a très bonne presse. Il a éliminé toutes les lourdeurs terrestres.

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19 h à 21h30 à l’OpenMind Kfé Paris 9e

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9h à 16h30 au Grands Voisins Paris 14

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